[EXTRAIT] Mondiaux Des Gets 2004 - Fabien Barel Raconte Sa Préparation Et Le Déroulé De Son Run Historique
En Roue Libre Podcast 🚲12 janvier 2025x
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[EXTRAIT] Mondiaux Des Gets 2004 - Fabien Barel Raconte Sa Préparation Et Le Déroulé De Son Run Historique

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[00:00:00] En termes d'engagement, je pense qu'il y a peu d'événements sur lesquels tu t'es beaucoup plus engagé qu'au Gets en 2004. Alors, il y en a plein, mais moi, ça m'a énormément marqué. Je pense que ça a marqué énormément de monde de par tout ce que t'as mis en place pour être là à ce moment-là. Est-ce que tu peux nous faire un aperçu ? Et puis aussi, parce que ça fait quand même 20 ans que... Il y a quelques mois, quelques jours même, c'était il y a 20 ans.

[00:00:27] Donc, j'aimerais que tu nous parles un peu de ça, de tout ce que t'as mis en place. J'aimerais qu'on parle des aspects techniques sur le vélo. J'aimerais qu'on parle des aspects préparation physique, mentaux. Toute la stratégie que t'as mis en place. Est-ce que tu peux nous refaire un petit... Déjà, il faut comprendre pourquoi j'ai atterri un peu chez Kona pour comprendre les autres paramètres, si tu veux. L'époque Kona, il faut savoir que la Coupe du Monde à l'époque a été sponsorisée par Grundig, qui était un gros investisseur. On avait du Eurosport, on avait du Grundig, etc.

[00:00:54] Quand Grundig s'est retiré et qu'on a perdu, entre guillemets, Eurosport, le sport a eu une chute un peu. Il y a eu une chute visuelle, médiatique. Il y avait moins de finances. Il y avait moins d'équipes. D'ailleurs, j'étais à déposer le bilan dans la foulée des contrats, comme la FSN. Donc si tu veux, on a eu un peu une phase de crise économique. Et moi, je voulais vraiment continuer cette progression en Amérique du Nord, de développer mon image, parce que mon image européenne, elle existait.

[00:01:20] J'avais déjà fait des résultats. J'avais réussi à créer un nom en Europe. Je voulais créer un nom en Amérique du Nord. Donc du coup, sur un Interbike à Las Vegas, je rencontre les personnes de chez Kona, qui sont les plus folkloriques du monde, qui étaient à fond dans le freeride à l'époque. Et je leur dis, non mais vous êtes là avec votre freeride, votre freeride. Je dis, moi, je suis un pilote de Coupe du Monde, mais si vous m'emmenez dans des montagnes, sauter des gaps et faire des lignes avec de la vitesse, j'en suis capable. Il n'y a aucun problème. Donc les mecs de Kona me prennent un peu de haut et tout.

[00:01:50] Je leur dis, écoutez, ce n'est pas compliqué. Je vous fais un deal. Je vous propose d'essayer d'aller gagner des Coupes du Monde avec votre vélo. Par contre, dans le deal, vous me faites faire un des segments dans New World Disorder. Le fameux. Voilà, donc le fameux. Donc du coup, je leur dis, moi, il n'y a pas de problème. On signe trois ans de compète, mais trois ans de New World Disorder derrière. Donc du coup, le deal, c'était ça. Et donc, je me retrouve parti dans l'aventure de compète. Donc on fait ces New World Disorders qui m'aident, etc.

[00:02:13] Mais je me retrouve envoyé, si tu veux, dans la compète avec un vélo qui avait tout sauf les capacités de gagner. Une marque qui était hyper iconique en Amérique du Nord parce que la marque était idolâtrée par plein de gens de par le freeride, la tendance et la croissance du freeride, etc. Mais par contre, il n'y avait rien en Coupe du Monde. Il n'y avait rien du tout. Donc me voilà parti avec un mécano qui était ingénieur que je trouve au moment de la rencontre avec Kona.

[00:02:40] Et me voilà parti avec un vélo qui n'avait pas du tout la bonne géométrie, qui n'avait pas la bonne cinématique. Je veux dire, tu passes d'un Sun développé par Olivier Bossard à un Kona développé par Paddy qui fait des sauts de 10 mètres de haut, mais qui n'a aucune idée de ce que c'est la vitesse. Tu te retrouves avec une machine qui est complètement déconnante. Et si tu veux, moi, j'arrivais à la fin de mon diplôme d'ingé en mécanique juste à ce moment-là. Si tu veux, je me suis dit l'opportunité, elle est belle.

[00:03:06] Si tu veux créer un nom, d'aller gagner avec un vélo que tu ne connais pas, d'aller faire, de t'inscrire dans le monde du freeride avec un talent de pilote de Coupe du Monde et pas du tout de freeride, etc. Il y a un coup de poker à jouer. Donc, me voilà parti là-dedans, un peu de briquet de broc. 2003, on fait une première médaille de bronze à Lugano. Celui-là a une énorme chute à Mont-Saint-Anne, d'ailleurs. Du coup, on fait une super perfo.

[00:03:31] Et à Lugano, je rencontre quelqu'un qui s'appelle Sandra Lardi avec le maire d'EG qui me dit qu'on vient de signer avec l'UCI, on va organiser les championnats du monde en France. Et là, dans ma tête, je me suis dit... Sur le moment, dans les minutes qui suivent, je regarde Alain Boulogne à l'époque qui était le maire. Je lui dis, écoutez, ce n'est pas compliqué. On fait un deal ensemble. Je roule pour vous, je vous représente pendant un an gratuitement avec qu'un seul et unique objectif. C'est d'aller gagner les championnats du monde d'EG en France.

[00:04:00] Et si j'y arrive, derrière, vous me faites un contrat de 5 ans pour développer les bike parks comme ils ont à Whistler avec Kona et qu'on fasse un vrai bike park au G et qu'on ait un vrai partenariat. Et là, le mec, en 10 minutes, 15 minutes, on se serre dans la main. Et là, à partir de ce moment-là, je n'avais qu'un seul objectif dans ma tête qui était de devenir champion du monde d'EG. Voilà un peu l'histoire. Comment elle a commencé ? Donc ça, c'est le background. OK. C'est le début du truc. Tout à fait. Qu'est-ce qui se passe ensuite ? Parce qu'en fait, à un moment donné, tu...

[00:04:30] Après, on déroule le papier à musique. Là, en fait, qu'est-ce qui se passe ? Je contacte mon ingé. Je lui dis, voilà, on va partir là-dedans. J'appelle Kona. Kona qui nous dit, mais nous, l'engineering, la course, il faut que tu fasses toi. Dis nous, mais on ne sait pas faire quoi. J'appelle Jacques Roux, mécanote Loïc, qui m'avait suivi dans les années à l'époque à préparer mes suspensions. J'ai dit, bon là, il faut qu'on y aille quoi. Il y a un coup à faire magistral. On y va.

[00:04:57] Et en fait, à partir de ce jour-là, donc championnat du monde de Lugano, chacun de mes moments où j'étais sur le vélo, chacune de mes séances d'essai, chacune des courses que j'ai faites jusque là-bas, avait qu'un seul objectif. C'était de se dire, je mets une valeur ajoutée et je passe une étape pour arriver à être encore plus prêt pour léger. Et j'ai envoyé un message à ma famille. J'ai prévenu ma famille. Je leur ai dit, voilà, pendant un an, je vais me contracter là-dessus. Je suis désolé. Je vais être complètement autiste. Je vais être complètement décalé.

[00:05:28] Ça va être compliqué pendant un an. Mais s'il y a une chose à faire dans ma vie, c'est de gagner les championnats du monde à la maison en France. Donc là, tu te conditionnes mentalement. Tu prépares ta famille, tout ça. Je prépare le terrain. Tu prépare le terrain. OK, on a les bases. Techniquement, sur le vélo. Comment ça s'organise ? Parce que j'imagine que tu as donc ce cadre. Ils te fournissent ce vélo. Mais c'est comme dirait Jack. C'est un traiteau. Oui, il n'y a pas de le dire.

[00:05:57] Comment est-ce que tu bosses avec les ingénieurs de chez Kona ? Même toi, avec ton fraîchement diplômé. Comment est-ce que tu travailles sur ce vélo pour le modifier de la manière ? Déjà, avec les ingénieurs de chez Kona, on n'a pas travaillé. Du tout. Parce que clairement, on leur a posé des questions auxquelles ils n'avaient pas de réponse. C'est surtout Paul Walton, mon mécano de l'époque avec qui j'ai travaillé pendant 10 ans, qui m'a aidé à travailler sur toutes les forces, toutes les contraintes, tout ce dont on avait besoin.

[00:06:26] Et on savait, on connaissait la piste, on savait ce qu'il en était. On savait que le haut de la piste, il fallait être calé, il fallait être dans la ligne, il fallait être dans la fluidité et que la course gagnerait dans le bas de piste. On le savait, c'était des grandes courbes en herbe. Il y avait beaucoup d'aéros, il y avait un gros uptraken dans un pré que tout le monde a visualisé. Et on savait que cette fin de piste ferait la différence. Donc si tu veux, on a commencé à travailler sur l'assiette du vélo.

[00:06:51] Et on a surtout développé cette espèce d'étrier de frein qui nous permettait d'asseoir la machine au freinage. Parce qu'on s'est aperçu que la capacité hydraulique et ce qu'on était capable à l'époque de faire dans la fourche, créait des transferts de masse bien trop importants pour arriver à garder du grip dans les parties basses et dans les dévers. Donc on s'était inspiré à l'époque de la Citroën Xara de Sébastien Loeb, qui à l'époque sur ses triangles avait développé des systèmes de freinage où la voiture, quand il tapait dans les freins,

[00:07:18] au lieu d'avoir un transfert de masse, les triangles à l'arrière s'abaissaient pour vraiment utiliser les quatre pneus au freinage. Et nous, on s'était dit, non mais attends, c'est ça qu'il faut qu'on fasse en vélo. Donc du coup, on avait développé ce bras-là, on a fait modifier le cadre et souder cette patte qu'on avait là. On a mis un étrier flottant et on a commencé à asseoir le vélo de l'arrière quand on tapait dans les freins. Parce qu'à l'époque, les fourches n'étaient pas capables d'absorber les contraintes pour arriver à créer dans cette partie basse une stabilité du châssis

[00:07:46] qui me permettraient de mettre le vélo en dérive et de vraiment attaquer. D'ailleurs, on a poussé cette préparation-là jusqu'à se dire, de toute façon, même si c'est sec, on roulera en pneu bout. Parce que dans cette partie finale, que ce soit poussiéreux et que ce soit de l'herbe, on ira chercher le grip avec des pneus bout pour aller chercher le dixième de seconde qui va bien. Et si tu regardes le travail qui a été fait pendant tout ça, c'est le schéma qu'on retrouve en bas. Parce qu'en haut de piste, on a Steve qui a quasiment une seconde d'avance, ce qui était prévu.

[00:08:13] Steve qui fait un choix de pneus hyper secs et hyper optimisés pour la partie haute. Et moi qui choisis plutôt de pouvoir mettre de l'engagement et de l'agressivité en bad run avec ces pneus bout qui m'ont permis de gagner la course. C'est fou parce qu'aujourd'hui, un pneu bout sur le sec, on a du mal. C'est plus aussi aberrant que ce que ça l'est. Parce qu'à l'époque, tu avais les pneus secs, les pneus bout. Aujourd'hui, tu as des pneus intermédiaires qui ressemblent aux pneus bout de l'époque qu'on utilise sur une piste, par exemple, comme Andorre, l'Andorre,

[00:08:42] les championnats du monde en Andorre, où c'était hyper souple, etc. Les mecs ont roulé en pneus intermédiaires. Mais les pneus intermédiaires d'aujourd'hui, c'est les pneus bout de l'époque. Donc, si tu veux, notre choix, il avait déjà été hyper avant-gardiste, risqué, soit, mais audacieux. Donc, géométrie adaptée, bras étriers flottants. On avait changé la biellette pour changer le ratio, pour avoir quelque chose qui nous apportait vraiment du support en fin de courbe de débattre

[00:09:11] parce que l'étrier flottant donnait vachement de contraintes. Donc, on avait changé les bras de levier. Et surtout, comme on n'arrivait pas à faire marcher la 888 Marzocuie à l'époque, Jacques nous avait fait de la magie, comme il sait le faire encore aujourd'hui, pour arriver à... Bon, c'était quasiment verrouillé, mais en haute vitesse, on verrouillait quasiment la fourche. Ce qui nous permettait, quand on prenait vraiment des gros impacts, si moi j'étais capable de tenir, de limiter les transferts de châssis, de garder une stabilité du centre de gravité

[00:09:39] et d'arriver à attaquer comme j'aimais le faire. Il fallait avoir les bras quand même. Oui, il fallait avoir les bras. Et d'ailleurs, l'année d'après, Alévinio encore plus parce que léger, on était quand même sur un run assez court avec un terrain qui était relativement défoncé. Alors que l'Ivinio, on était sur un run qui était super long, où là, par contre, c'était vraiment défoncé. Alors avant de parler de l'Ivinio, je voudrais quand même faire un petit focus sur ces fameuses biellettes comme du stab, parce que à la base, les biellettes sont pleines. Toi, tu les as usinées.

[00:10:07] Tu avais fait ce choix justement d'optimiser. On les a usinées pour deux raisons. Le poids et parce qu'à l'époque, on avait un bras arrière qui était hyper rigide. Donc du coup, on avait enlevé de la rigité à l'arrière. Parce qu'on avait donné énormément de grippe au vélo au freinage. Donc notamment en entrée de courbe, le vélo pouvait s'asseoir correctement. Et avec l'étrier et le pneu bout, on avait énormément de grippe. Et en fait, quand le vélo partait en dérive, si tu veux, je me prenais comme des micro-coups de raquettes. Et le vélo, il décrochait, raccrochait.

[00:10:35] Et je n'arrivais pas à tenir mon placement dans ces courbes en herbe. Je n'arrivais pas à tenir le placement comme je le voulais. Donc si tu veux, on avait évidé les biellettes pour arriver à prendre un peu de rotation, si tu veux, sur le latéral. Et arriver à accompagner un peu comme un essieu autodirectionnel, à accompagner l'arrière quand je venais chargé l'avant, si tu veux. Donc on était vraiment dans le... Et d'ailleurs, on a utilisé ce système-là en 2005, en 2006, en 2007 avec Kona.

[00:11:04] Parce qu'on s'était aperçu qu'on avait trouvé une clé qui était très intéressante. Et d'ailleurs, tu retrouves aujourd'hui sur certains vélos, notamment tu as vu Amaury Piron faire des résultats exceptionnels, dans la boue et dans le défoncé. Parce qu'ils ont trouvé des clés qui étaient dans la lignée de ce qu'on faisait à l'époque. D'assouplir le triangle arrière, notamment les bases en acier et le bridge interchangeable. Exactement. Est-ce qu'il y a d'autres trucs que tu as fait ?

[00:11:31] Parce qu'on avait vu Nico qui mettait trois vis au lieu de six sur ses disques. Est-ce que toi, tu as l'élui ? Alors Nico, c'était un gaga du poids. Il faut savoir, Nico pèse tout. Moi, si tu veux, j'étais... Alors Nico, c'était un gabarit léger. Moi, j'étais un gabarit plutôt lourd. Quand je cours en descente, j'étais à 84 kilos. Tu vois, je n'étais pas léger. Donc, les quelques grammes sur les roues, ça ne me changeait pas grand-chose. Par contre, moi, j'aimais bien ce qui était très important pour moi. C'était la géométrie. C'était la stabilité du châssis et la géométrie. Et je pense que c'est encore un point clé aujourd'hui.

[00:12:00] C'est-à-dire que si tu es capable de mettre le pilote et son centre de gravité au bon endroit, que ce soit sur une moto, sur un vélo, là où les masses de l'athlète sont vraiment importantes et parties prenantes. D'ailleurs, je me régale en ce moment à faire du MotoGP et à apprendre la moto sur circuit parce que c'est complètement l'opposé de l'effet des masses. En fait, si tu places le centre de gravité où il faut, tu crées du grip. Et si tu crées du grip, tu crées de la confiance. S'il y a de la confiance, tu mets du char. Tu peux se souder, oui. Donc, tu ne faisais pas des choix extrêmes, mais des choix poussés.

[00:12:30] Et techniquement, comme la biellette, qui n'est pas que pour le poids, mais aussi pour la rigidité. Oui, alors le poids, je ne te dis pas qu'on n'optimisait pas puisqu'on enlevait même la peinture des cadres. Tu m'as vu rouler pendant des années après avec tes cadres polis parce que je me disais des 200-300 grammes de peinture sur un cadre. Ça ne me servait à rien. Donc, si tu veux, j'étais quand même dans l'optimisation du poids parce que tout mis bout à bout, tu gagnais vite un demi-kilo. Donc ça, on allait chercher cette optimisation-là. Mais je dirais que ce n'était pas maladif chez moi. Ce que je t'évoquais sur la géo, les suspensions,

[00:13:00] l'adhérence, c'était beaucoup plus important. D'autant plus qu'en fonction des gabarits des pilotes, l'influence est beaucoup plus importante et beaucoup plus dure à trouver. D'ailleurs, j'avais fait beaucoup d'études. Une fois de plus pour cette partie finale, j'avais fait beaucoup d'études du ski parce que j'étais clairement et je suis encore persuadé que le sport le plus proche du VTT descente, c'est le ski de descente, ce n'est pas la moto. Les gens s'identifient énormément à la moto, mais la moto, ça reste assez proche, mais la masse lourde reste la moto.

[00:13:29] Alors qu'à l'inverse, le ski, c'est le poids de l'athlète qui fait tout. L'appui avant des tibias, les mains à l'avant, le décalage du corps par rapport à la carte du ski est très à l'identique du décalage du corps et l'ancrage du pneumatique dans le sol. Puis les appuis des pieds. Les appuis des pieds, etc. Donc si tu veux, tout ce que j'ai fait sur la pédale automatique, ce que j'avais développé, parce qu'aujourd'hui, tous les gens qui roulent en enduro roulent avec une cale à l'arrière, avec une cale centrée. À l'époque, quand on avait les chaussures de VTT, on avait la cale qui était tout devant.

[00:13:59] J'ai été le premier à complètement recouper et évider mes chaussures pour aller positionner ma cale à l'arrière. Et ça, je te parle dans les années 2000 et que c'est arrivé dans les années 2015. J'ai été le premier à faire ça pour arriver à court-circuiter l'appui du mollet, qui est le muscle faible de la jambe. On ne fait pas skier en pointe de pied, si tu veux. Donc court-circuiter l'articulation de la cheville et la puissance du mollet pour donner toute sa puissance au quadriceps, à l'excure et au fessier

[00:14:29] qui, lui, va t'aider à vraiment développer de la puissance et générer de la vitesse. Donc c'est pour ça qu'en VTT, à l'instar du vélo de route, on se retrouve avec une cale aujourd'hui dans les chaussures qui sont vraiment bien développées, qui est beaucoup plus reculée, qui te permet de baisser les talons et de charger naturellement, sans la force des mollets, l'appui dans les pédales. Et ça, le grip, il fait ça. Et nous, ça, on l'a fait, mais dans les années, milieu d'année 2000, on a fait ça. Donc là, on a parlé des jets, donc 2004. Mais Livigno, 2005,

[00:14:59] c'est quand même aussi un gros morceau. Livigno, pour être honnête, je pense que c'est le meilleur run de ma vie. Parce que léger, ce qu'il faut savoir, c'est que je suis allé le chercher avec le cœur. Je me revois dans ce start gate, dans une forme de lâcher prise. Si tu veux, je me suis préparé dans la tête sans attaquer un volet trop mental. Mais si tu veux, tu imagines, tu te prépares pendant un an sur un objectif. Tu te dis, bon, c'est all in. On y va. On n'y va pas pour en garder. On n'y va pas pour réfléchir.

[00:15:29] Première partie de parcours, on va se poser. Deuxième partie de parcours, on va aller au charbon. Et tu te pointes dans la start gate. Tu te dis, maintenant, il faut déposer cette pression et il ne faut se concentrer que sur l'art du geste. Il faut juste être là avec de l'instinct et du talent. Le travail, il a été fait. On est juste là pour l'instinct et le talent. Et si tu veux, j'y vais. Et dans cette deuxième partie de piste, j'attaque plus, plus et je vois que ça tient. Je passe l'optraken, je passe le gauche, je traverse la route et là, je me dis, mais là, j'ai du grip.

[00:15:58] Là, je vais tout casser, quoi. Et là, je mets un premier coup de pédale, je m'engage un peu, je tape un piqué avec la main, je guidonne, le vélo part en appel alors qu'il ne doit pas du tout partir en appel. Je le jette de l'autre côté, je sors un pied, je passe toute la courbe en dérive. Merci au travail qu'on avait fait, si tu veux. Mais là, je perds une demi-seconde. Je perds 0,7, quoi. Et si tu veux, la finalité, c'est que Steve chute et je ne sais pas, au final, si ma stratégie aurait payé ou pas. Parce que Steve passe l'Inter avec une seconde d'avance,

[00:16:28] ce qui était totalement prévu. Mais je ne sais pas, en fait, par rapport à lui, par rapport aux autres, c'était le cas, mais par rapport à lui, je ne sais pas si j'avais gagné mon pari, si tu veux. Donc, il y a, certes, une apogée absolument exceptionnelle, mais dans l'aspect purement pro et pragmatique du truc, il y a ce petit côté admeur de me dire, est-ce que mes choix, ça a été vraiment les bons ? Et puis, ce n'est pas un peu, pardon, mais c'est un peu unfinished business, c'est-à-dire que battre quelqu'un à la régulière, c'est-à-dire, il passe la ligne

[00:16:58] et effectivement, tu es devant et il est derrière. C'est un peu, OK, j'ai gagné, mais je sais que je suis véritablement le meilleur. Alors, la course, c'est évidemment défait de course. Donc, tu tombes, ça fait partie de la course. Ce qu'il faut savoir dans la petite histoire, c'est que Steve perd l'adhérence dans le dernier virage parce qu'il est en semi-slick. Alors aussi, attends, parce que moi, j'ai vu le truc, parce qu'il a déclipsé une pédale. Oui, quand il fait son bunny-up par-dessus la petite rivière, il déclipse. Il déclipse la pédale,

[00:17:28] mais il perd l'arrière. Il perd l'arrière. Il perd l'arrière. Et ce qu'il faut savoir, c'est que la raison pour laquelle il a mis un semi-slick, c'est parce que quand il a pris le téléphérique pour monter au départ et il te le racontera si tu lui fais une interview, il voit mon chrono. Il arrive, il va au téléphérique et il voit mon chrono. Il repart au paddock en i-roller et il met le semi-slick et il se dit si je veux aller taper ça, il faut que je mette le semi-slick. Et dans la stratégie avec la Clip de France, on avait dit

[00:17:58] je fais une mauvaise calife parce que je veux quand je suis en bas que les mecs avant de monter, ils voient mon chrono affiché sur le board. Donc l'histoire, elle va super loin et elle est fabuleuse en ce sens parce que Steve, après il a gagné ses titres, etc. Mais Steve, si tu veux, léger, c'est la France mais c'est aussi beaucoup l'Angleterre. Tu vas à Morzine, ça parle plus anglais que français. Donc s'il avait une course à gagner dans ta vie, c'était celle-là. Donc si tu veux, c'était un peu le battle des titans. Donc il y a tout eu

[00:18:29] un jeu psychologique de pression, de préparation où chacun a dû se mettre dans sa bulle, etc. Et l'histoire, elle est fantastique en elle-même en ce sens. Alors elle joue pour ma part. Mais oui, je te rejoins, c'est que je gagne, je fais la fête, une fête bien poussée qui fait que je ne me rappelle même pas le lendemain. Par contre, le lendemain matin, je me relève dans ma chambre avec ce maillot de champion du monde en face de moi et toujours dans la spécifique psychologique.

[00:18:58] Ma première réflexion et tu vas te dire mais t'es fou complet de penser comme ça, dans ma tête, je me suis dit mais maintenant tu fais quoi ? Pendant un an, t'as vécu, d'ailleurs on pourra parler un peu de la pré-carrière des sportifs de haut niveau après si t'en as le temps et l'envie, mais si tu veux, dans ma tête, je me suis dit j'ai vécu pendant 12 mois avec un seul objectif. Je passe cet objectif, je l'ai, mais demain c'est quoi ? La première question en me réveillant, c'est demain c'est quoi ? Et la première chose à laquelle j'ai pensé,

[00:19:27] j'y attends un peu, on a gagné, mais il y a, comme t'as dit, un peu unfinished business. Donc là maintenant, on va remettre la machine en route et on va aller réfléchir à les vignots. Juste un petit truc quand même sur gagner au jet à la maison, ça n'avait jamais été fait ou je me souviens, enfin, non, ça n'est pas. Il y a Greg Minard qui a fait ça après en Afrique du Sud. Oui, mais un Français à la maison, c'était la première fois que... Nico avait gagné MetaBee dans les années très jeunes, mais en Lyon,

[00:19:57] OK. Mais donc, si on compare un peu au jet 2022, le 1, 2, 3, t'es évidemment content d'avoir gagné 2004, mais si tu compares les expériences, t'aurais voulu gagner plutôt en 2022 ou 2004, c'était cool en termes d'ambiance et en termes de phénomènes, etc. Non, pour rien au monde, je changerais. 2004, déjà, il y avait un public aussi fou que ce qu'il y avait en 2022. D'ailleurs,

[00:20:28] en 2022, c'est quelque chose qu'on avait déjà vu. En 2004, on n'avait jamais vu ça. Il n'y avait jamais eu autant de monde sur une course de vélo. Ça avait été incroyable. D'ailleurs, le dimanche, il avait fait mauvais temps. Il y avait eu aussi un monde fou. Le samedi, ces championnats du monde de 2004, ils avaient été absolument incroyables. Et le public qu'il y avait là-haut. Et si tu veux, là où je ne changerais pas, c'est qu'en fait, la victoire de 2022 de Loïc et Loris et Amaury sur le podium, je suis honnête avec toi, c'est peut-être un peu égocentrique.

[00:20:58] Et d'ailleurs, je me suis emballé. Je suis allé sur le podium, je l'ai mis sur les épaules, etc. C'est que j'avais l'impression que j'avais énormément contribué à mettre cette première pierre 20, 18 ans avant, si tu veux, et de se dire que parce que j'avais montré l'exemple que c'était possible, ces trois gamins, ils sont arrivés derrière 18 ans plus tard et ils transforment en apogée la petite pierre, la pierre que j'avais mis à l'époque. Et pour moi,

[00:21:27] ça a été une fierté. J'ai pris cette victoire, je suis honnête, je suis honnête avec toi, presque une partie pour moi. En plus, il faut savoir que l'histoire avec Loïc, elle est quand même très particulière. j'ai gagné ma première Coupe de France, Sylvie, sa maman, avait Loïc dans la poussette à côté de moi. Si tu veux, Loïc, je l'ai vu grandir, je l'ai vu évoluer avec son père qui est quand même absolument exceptionnel dans son côté communautaire mais qui est complètement farfelu dans son approche et complètement fou dans son ride.

[00:21:57] Donc si tu veux, je veux dire, d'avoir vu ça et d'avoir vu Loïc évoluer et avoir cet apogée-là, j'avais l'impression que c'était un énorme passage de relais qui avait tout son sens. Ça pourrait effectivement sembler être égocentrique mais en fait, je te rejoins dans le discours, c'est-à-dire que tu as semé la graine quand même d'une sorte d'attente de relève type non mais attends, championnat du monde à la maison 2022, on ne peut pas faire autrement

[00:22:27] que faire péter. Et effectivement, tu as montré que c'était possible d'eux et les autres derrière. C'est pour ça, je ne suis pas le genre de personne à me tirer la couverture en permanence, etc. Mais en tout cas, tu me demandes comment je l'ai ressenti, c'est comme ça et je suis très honnête, c'est comme ça que je l'ai ressenti. J'ai vraiment ressenti comme ça et le truc, je l'ai vécu. Et puis, ce qui était beau, c'est qu'il y avait encore certaines personnes dans l'organisation de 2004 qui étaient présentes. j'ai des amitiés sur ces 20 ans de vie qui se sont créées, qui sont comme

[00:22:56] une seconde famille pour moi parce que derrière les G2004, s'il y a une chose à garder, c'est mes amitiés que j'ai gardées sur place et le lien que j'ai avec le lieu, etc. bien plus que le titre en soi. Et ça, aujourd'hui, 20 ans plus tard, c'était fabuleux, sincèrement. Sous-titrage Société Radio-Canada

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